Les périodes de crise économique, aussi grave soit-elle, ne doivent être ni un prétexte pour perdre collectivement la raison ni l’occasion de se rassembler autour de valeurs morales fédératrices, quand lesdites valeurs sont dépassées et n’ont aucun sens.
Bien au contraire, la crise économique s’explique par une faillite partielle de notre système, y compris de notre système de valeurs – et la place du sexe dans le caniveau de l’échelle des valeurs est une grave aberration aux conséquences potentiellement dangereuses pour notre avenir.
Le dénigrement systématique du sexe tel qu’il est pratiqué aujourd’hui a une conséquence grave : le dénigrement de celles et ceux qui le pratiquent en dehors de l’unique cadre socialement accepté : le couple.
Or, comme une grande partie de la population pratique le sexe en dehors du couple, puisque cela correspond à des réels besoins biologiques liés à la constitution du corps humain, une forme sournoise de communication entre individus s’est développée : l’hypocrisie. Cette pratique consiste à communiquer sur la promotion de la valeur sociale, et, dans la pratique, à s’en affranchir complètement.
La crise qui crée une nervosité tend à ce que la population se resserre autour de ses valeurs, donc qu’elle condamne encore plus le sexe, et en conséquence qu’elle exacerbe… l’hypocrisie ! Car ceux qui condamnent par la parole restent des êtres humains non génétiquement modifiés, et continuent à avoir des désirs et à les assouvir.
Un summum dans l’erreur de jugement illustre aujourd’hui ce non sens moral absolu : l’affaire dit du Carlton de Lille.
Pour simplifier, ce dossier signifie que des jeunes femmes majeures et consentantes ont touché des sommes d’argent conséquentes pour avoir des relations sexuelles avec quelques messieurs.
Ce dossier a un rapport avec notre justice pénale, puisque le fait d’aider de telles jeunes femmes à avoir cette activité, dit de prostitution, est qualifié de proxénétisme, pénalement condamné.
Pourquoi le droit condamne-t-il le proxénète et pas la prostituée ?
Parce que la prostituée n’a que deux options : soit elle tient absolument à exercer l’activité de prostitution, et dès lors, elle doit avoir toutes les compétences pour se faire, y compris en matière « promotionnelle » et de contact (ce qui, avec l’interdiction du racolage, commence déjà à illustrer l’hypocrisie liée au sexe). Soit elle n’a pas envie d’être prostituée. Dans ce dernier cas, si elle se retrouve « sur le trottoir » [plus justement aujourd’hui, sur des sites d’escort sur le web], c’est obligatoirement parce qu’on l’a forcée. Et celui qui l’a aidée est évidemment celui qui l’a forcée : l’odieux proxénète qui doit donc être sévèrement condamné.
Quid pour les filles plutôt jolies ayant envie de gagner des sommes folles en quelques heures et qui pour cela ont l’entrejambe mais pas l’entregent ?
Le chômage et la renonciation. Ou trouver les gogos qui les aideront et iront en prison s’ils se font avoir.
Le proxénétisme est-il donc une infraction stupide ? Oui, tel qu’il est défini par le code pénal aujourd’hui. Non, s’il a exclusivement pour but d’empêcher l’esclavagisme sexuel, c’est-à-dire, de condamner ceux qui forcent quiconque, notamment des jeunes filles, à la prostitution. Ce dernier cas est absolument odieux et doit faire l’objet de sanctions à la sévérité exemplaire. Mais il ne doit pas justifier une application de la loi à des cas qui n’ont aucun rapport avec cette nécessaire protection des individus.
Dans l’affaire du Carlton, prenons l’hypothèse que les prostituées étaient volontaires (les médias n’ont à notre connaissance pas fait état d’esclavagisme sexuel).
Où est le délire aujourd’hui ?
Tout d’abord, nos services de police et de justice consacrent un temps inestimable à investiguer ce « réseau de proxénétisme » qui ressemble à l’organisation de soirées où toutes les participantes semblent parfaitement d’accord pour s’enrichir en peu de temps et n’attachent pas à l’acte sexuel la scandaleuse valeur morale que la société voudrait lui conférer.
Il existe des crimes et des délits tellement plus graves en France. Et même ce fameux sentiment d’insécurité tant ressenti par les français ? Ne vaudrait-il pas mieux aller arrêter un ou deux voleurs à la tire plutôt que d’enquêter sur des adultes dont les parties fines relèvent de la liberté de mœurs de chacun ?
Ensuite, on met en examen et en prison des policiers dont la compétence professionnelle est reconnue et louée. A priori, on ne dit pas que ces personnes ont touché l’argent de la drogue (qui est celui de l’empoisonnement et de la mort). Sont-elles uniquement les intermédiaires que l’on décrit ? Si oui, la société préfère-t-elle avoir des individus de talent en prison plutôt que dans les commissariats, pour traquer les vrais bandits ? C’est déjà le syndrome « Strauss-Kahn » de l’affaire du Sofitel : une affaire ayant sa source dans le sexe prive la France de son futur président de la République et le monde des décisions qu’il aurait pu prendre dans l’exercice de ses fonctions.
Car enfin, on y revient, apparaît encore le nom de Dominique Strauss-Kahn dans cette affaire, comme « client » potentiel des prostituées cette fois-ci. En France, un client de prostitués ne commet pas aucune infraction pénale. C’est ainsi que DSK serait entendu comme témoin dans l’affaire du Carlton. Mais les récents articles qui tendent à montrer que l’entourage de DSK le lâche invitent au dégoût et au mépris. Car ce n’est plus la faute pénale que l’on juge (puisqu’elle n’existe pas ici – à l’inverse du dossier du Sofitel, où le viol, s’il avait été prouvé, aurait constitué un crime grave justifiant l’opprobre), mais la faute morale. Et des témoignages des ex-amis de M. Strauss-Kahn, se dégage cette nauséabonde impression qu’avoir une relation sexuelle avec une prostituée, c’est pire que d’avoir commis un viol.
Ce jugement moral est abominable car il n’est que le relent d’une vision complètement erronée de la sexualité. Et même très misogyne : le comportement de DSK à New York relevait presque du panache : une séduction-éclair de Nafissatou Diallo digne des plus grands Casanova. Mais lorsqu’il s’agit de payer, alors c’est la honte qui s’abat sur le client, le miséreux, l’incapable, le pervers. Alors même que cet usage de la prostitution pouvait permettre à DSK un meilleur contrôle social de ses désirs (à ce propos, il sera intéressant de savoir ce qui s’est vraiment passé la veille de l’épisode du Sofitel à New York pour déterminer si les besoins de DSK sont vraiment significatifs ou si une prostituée a manqué d’efficacité dans sa prestation…).
Le GRAL lance un appel vibrant aux médias et au peuple français pour plus de lucidité. Pour plus de tolérance sur toutes les formes de pratiques sexuelles consenties. Pour l’abolition de l’insupportable hypocrisie qui condamne des individus du seul fait que ce sont des êtres humains et qui vivent comme tel. Pour exiger que les forces de police et de justice de notre pays se focalisent sur les vrais problèmes de criminalité et de délinquance. Pour soigner leur aveuglement et guérir de leur fièvre délirante qui affecte leur bon sens et les détourne des vrais enjeux.
